lonla
25 mars 2010

Cornélia

C’est un grand corps courbé d’ancienne bistrote, comme dirait Alain Cavalier.
Fidèle au métier mais jamais patronne je crois, un peu trop jolie un peu trop légère
certainement pour être grande capitaine de bierstub.
Puis elle n’a qu’un ululement à la bouche, celui de i-pi i-pi, point de ceux-là dont
on comprend la belle résonance dans les gargotes alsaciennes, ni au vestiaire
protestant où je croisais Cornélia la première fois.

Hippie à son idée, têtue, dansante
hippie en hollandais, clairvoyante Van der Valk
Parlant de traduction, de trahison...
Valk ou le faucon
qui veut aussi bien dire crécerelle qu’aigle ou épervier.
Crécerelle !
il y a dans crécerelle un air de jeunesse imbattue vous n’trouvez pas, d’un grand
pré ancien, une fraîcheur asséchée, comme un lieu en friche dont on vous explique
qu’il était autrefois la place d’un village, que sous cette végétation était un lavoir
et que s’y tenait trois fois l’an des fêtes simples et heureuses.
Ca doit tenir du cresson, ces pousses vives et folles dont on fait la soupe mais qui continuent
à sentir les trèfles. Puis il y a la crécelle, l’instrument des carnavals et criarde qu’emploient
les femmes pour rappeler leurs hommes des champs.
Puis ce «cr», cette crécerelle a quelque chose d’un son qui va se cassant,
défaillant un peu vers la fin, il y a quelque chose dans ce «cr» dans ce creux, cette craie,
quelque chose du visage de Cornélia. Mais c’n’est qu’un détail.

Fantasme du mot, de sonorités, de Van der Valk dont vous auriez tiré une incroyable vierge martiale, je préférais vous donner du De la Crécerelle, plus fragile, plus chantant, de toc,
une vétille, car c’est ainsi que Cornélia porte un faux bijou ou un peu de noir et de bleu aux yeux.
Pourtant c’est une vraie grande battante, coeur combatif, à bras le corps la toute nouvelle vieillesse,
la fatigue d’une maladie chronique, l’hostilité et la médiocrité de certaines gens, à bras le corps
son amour étrange, étranger, son désir, la bonté.


24 avril 2010

Inlassable marcheuse, il faut attendre le soir pour retrouver Cornélia chez elle,
après huit heures. Mais la nuit est encore plus longue. Comme en Afrique. Les beaux repas
ne viennent qu’après avoir bouillis plusieurs heures et la cathédrale illuminée
suffit à tenir éveillé. La nuit donne aux images ce grain sémillant, des couleurs
étouffées, les matières presque-niées. L’air est bien turbulent autour d’eux.
Sachez pourtant, les yeux de Cornélia sont bleus, les dessins d’Amara sont au bic
sur un quelconque papier, costaud mais doux, leur peaux font un f---ff-ff-f---ff-ff léger
quand ils imitent ensemble la toilette au sable, sans eau.


27 mai 2010

Cornele Crécerelle
Cornélia Van Der Valk ---
Bonté divine, je me souviens : le 10 mars au vestiaire protestant, grande fluette se faufilant
entre les portants, cachant un sein qu’on ne saurait voir, je détournais soigneusement le regard.
Et quatre minutes plus tard, elle devait surgir et jouer devant la caméra, un diable de sa boîte,
extrêmement libre. Comme tous les mercredis après-midi, quelques soirs, longtemps à l’avenir.
L’objet est une extension de la pièce, une forme "marginale", au bord de la page.
Une chambre accrochée au rebord de la fenêtre, comme au rocher. Chambre à facettes.
A l’intérieur, sur la face supérieure est projetée la vidéo.
Sur la face inférieure, suivant un dessin d’Amara, le dessin d’un village :
chacun verra dans ce motif ce qu’il voudra, l’emporte-pièce dans la vraie ville, en arrière plan,
des percées de lumières pour aérer l’alcôve, la mantille de bois ou de plomb encadrant le vitrail
ou la couleur fouillant l’obscurité de la Cathédrale, très présente dans la vidéo.
Essai de mise-en-abime, maison-à-rimes.
Mise-en-regard, comme désir du portrait.


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